• Depuis que je ne prends plus l’avion

     

    Genève – Beyrouth en train (+ bus et taxi) !

     

    J’ai fait ce trajet en avion plus d’une dizaine de fois. Ma famille y vit: c’est ma deuxième terre. Un jour je me suis rendue compte que ce n’était pas si loin: tous mes voyages en train, mis bout à bout, font bien plus d’un aller-retour Genève-Beyrouth, pourquoi pas tenter le coup?

     

    Istanbul et la traversée du Bosphore vers l'Asie

     

    Je dois avouer que j’ai peur de l’avion, rien que d’y penser j’ai une boule dans le ventre, cette nausée me prenait plusieurs mois avant mon départ, dès que j’entendais parler de voyage.

     

    On peut me dire ce qu’on veut sur la sécurité, mon corps suspendu à 10 000 mètres dans une boîte en métal, à entendre l’hôtesse de l’air qui annonce calmement: «(Ayez confiance). Chers passagers, merci d’avoir choisi la compagnie Truc, (vous ne mourrez pas carbonisés)», à regarder le carton qui explique comment les gens sortent de l’avion en feu sans crier et tous bien en ligne, je sens bien qu’il y a un truc qui cloche!

    Même si la voiture est plus dangereuse, l’infime chance de mourir dans un crash est bien réelle, je préfère mourir sur la terre ferme. On ne choisit pas sa mort. Moi, je m’accorde le luxe de choisir que je ne mourrai pas en avion ! Ainsi, je ne prendrai pas ces cours offerts par les compagnies d’aviation pour me « guérir ». Je revendique haut et fort le droit d’avoir peur de l’avion et le droit de ne pas le prendre! Enfin, les offres à 2 €, j’en ai rien à faire, je proclame le droit de prendre le temps!

    Vous remarquerez que ces revendications sont des privilèges de nos pays, le luxe que représente l’avion est presque devenu une obligation, d’ailleurs, bouder les vols au rabais est aussi un luxe.

     

    Le voyage en famille est donc décomposé entre les jeunes aventurières, moi et ma sœur, et les vieux. Je suis donc partie plus d’une semaine avant mes parents, pour les retrouver au Liban.

     

    Dans le train en Serbie

    Et hop! Dans le train. Ici entre la Serbie et la Bulgarie.

     

     

    Alors combien ?

    9 jours !

    Comparé à 4h d’avion ça parait énorme! Mais peut-on se contenter d’une comparaison en heures? On a d’un côté un voyage à la découverte de l’Europe des Balkans, la Turquie et la Syrie, à travers 9 pays en tout, et de l’autre, 4 heures à fixer le dos du siège devant soi ou à voir passer par la fenêtre, la Grèce et Chypre sans pouvoir dire « Stop, je veux descendre! », ou encore, pour la faire encore plus mélo: 4 heures à regarder sur petit écran le film du voyage qu’on ne fera jamais.

    On ne peut pas non plus comparer l’insipide plateau-repas de l’avion à la savoureuse cuisine bulgare, aux spécialités turques, au marché d’Alep et ses épices piquantes. Enfin, comment remplacer les rencontres que l’on fait en marchant dans ces autres mondes? Que ce soit simplement une jeune serveuse d’un restaurant populaire de Plovdiv, intriguée par ses deux visiteurs inattendus, mon nouvel ami qui réserve sa journée pour me voir quand je passe chez lui à Belgrade ou encore la rencontre du peuple turc, il y a quelque chose de grandiose chez eux.

     

    On peut encore mettre en balance le prix, l’éternel poids de mesure qui parle  parfois si mal, on verrait alors le trajet en avion comme un vol - c’est justement comme ça qu’on l’appelle: d’un côté 8 heures aller-retour assis dans un avion, de l’autre 18 jours de découvertes, de ballades dans les rues au hasard des monuments; visas et hôtels compris, avec en option, changement de dates de voyages totalement libre.

     

     

    Depuis que je ne prends plus l’avion

     Sur la route en Syrie

     

    Pour toutes ces raisons, depuis qu’avec mon sac à dos je m’embarque pour le Liban à partir de la gare Cornavin, j’ai l’impression de faire trois voyages en un. Je crois même que je préfère le voyage au séjour…le mouvement me gagne vite et en arrivant je veux déjà repartir. En avion, concentrée sur l’arrivée au Liban, je me déplaçais en express de A à B et séjournais simplement à destination. Je ne vivais que mon séjour sur place: je ne voyageais pas.

     

    Maintenant, ceux qui disent qu’ils n’ont pas le temps, n’ayant que deux semaines de vacances par an, je comprends leur manque de liberté – je comprends moins qu’ils l’acceptent. Ils seront obligés de vivre à la va-vite. Mais ceux qui ont deux mois d’été libres? Nous les étudiants, sommes-nous, comme les travailleurs à cent pour cent, obligés de ne nous focaliser sur la vitesse? Ben non! On a la chance de pouvoir se concentrer sur les expériences et les découvertes plutôt que sur la rapidité. Un vieux sage chinois disait d’ailleurs: «ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin». Ne soyez-donc pas trop pressés, ni d’arriver, ni de vieillir; voyagez comme vous vivez: en prenant le temps.

     

    Byblos au Liban

     Le château des croisés de Byblos au Liban.

     

    Vous l’aurez compris, pour moi, l’avion et sa non expérience, contrairement à ce que l’on croit, est du temps perdu, du temps volé. Alors, en entendant les cris des gens «9 jours! C’est trop long! L’avion c’est mieux!» vous saurez que l’avions n’est pas forcément « mieux », il est seulement plus rapide. Pour quelqu’un qui n’a ni temps ni choix, c’est important. Vous comprendrez donc que la rapidité n’est pas un signe de liberté mais de pression et de manque de possibilités. D’ailleurs, en entendant parler d’un voyage en Europe, qui dirait «ah mais c’est trop long!»? Une semaine c’est juste ce qu’il faut pour se détendre, se mettre dans le mouvement, vivre au jour le jour et profiter de ses découvertes.

     

    Vous qui êtes libres, oubliez la peur de la lenteur, découvrez le monde autour de vous! Tout l’argent que vous gagnerez en travaillant trop, ne vous paiera que des vols en avions, jamais du temps pour des voyages!

     

    Si vous êtes curieux, je partage volontiers mes adresses, écrivez-moi sur ce site.

     

     

    Itinéraires:

    Pour les timides: le voyage le plus facile c’est Genève-Istanbul: que des trains, rien à préparer, pas besoin de visa (pour les suisses et européens). C’est aussi rapide (ce qui n’est pas en soit une qualité): en étant trop pressé, on partirait lundi matin pour arriver mercredi matin (en boudant Venise, en boycottant Belgrade et en méprisant Sofia ou Plovdiv). Pour profiter du trajet, il faut compter au moins 5 jours.

    Pour le Liban, compter 9 ou 10 jours de parcours. Une fois arrivés à Adana au sud de la Turquie par le train, deux solutions: continuer par bus pour Antioche, puis taxi pour une ville en Syrie, puis taxi pour Tripoli au Liban. Ou, en été, prendre le bâteau depuis Taçucu/Silifke direction Tripoli, la croisière dure une nuit et les gens dansent sur le bâteau!

     

     

    Léna Abi Chaker, publié dans Courants, le journal des étudiants de l'Université de Genève, 2010.

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    Depuis, j'ai refait l'aller-retour 2 fois, mais ceci est une autre histoire...


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